Dans les zones où les conflits fragilisent les communautés et où les inégalités de genre aggravent les blessures sociales, certaines femmes choisissent d’agir plutôt que de détourner le regard. Pauline Ngongang Youndjia appartient à cette catégorie de bâtisseuses silencieuses. Spécialiste des questions de paix, de conflits et de genre, elle consacre son parcours à réparer, former et prévenir, au plus près des réalités humaines.
Comprendre les conflits pour mieux les désamorcer
Formée à l’analyse des conflits et des relations internationales, Pauline développe très tôt une approche rigoureuse des dynamiques sociales, économiques et politiques qui nourrissent les tensions. Son regard est celui d’une analyste, mais aussi d’une actrice de terrain. Elle sait que la paix ne se décrète pas depuis les bureaux, mais se construit dans les communautés, auprès des populations affectées.
Wem’Afrika, l’action humanitaire comme levier de transformation
Depuis près de dix ans, Pauline Ngongang Youndjia est à la tête du département de gestion des conflits au sein de Wem’Afrika. À travers cette organisation, elle coordonne des projets humanitaires axés sur l’orientation professionnelle des jeunes, la réhabilitation d’espaces carcéraux, la mobilisation citoyenne et le transfert de compétences.
Son travail s’inscrit dans une logique claire : prévenir les conflits en offrant des perspectives, en redonnant une dignité et en créant des passerelles entre les générations. Pour elle, la paix durable commence par l’inclusion et l’autonomisation.
Mettre le genre au cœur des réponses aux crises
En tant que responsable du département genre au sein d’ASUDEV Cameroun, Pauline agit auprès des femmes affectées par les violences basées sur le genre, les conflits armés et les traumatismes sociaux. Elle participe à la mise en place de solutions visant à réduire la récurrence des violences et accompagne les communautés à travers des formations sur la gestion des traumatismes.
Son approche reconnaît une réalité trop souvent ignorée : les femmes sont à la fois les plus touchées par les crises et les plus déterminantes dans les processus de reconstruction.
De la conservation environnementale à la médiation sociale
Son engagement l’a également menée au sein de la Korup Rainforest Conservation Society, où elle intervient comme responsable genre et conflits. Dans un contexte marqué par les litiges fonciers et la pression sur les ressources naturelles, Pauline accompagne les femmes dans la gestion des conflits liés à la terre et à l’environnement.
Elle démontre ainsi que la paix sociale est indissociable de la justice environnementale et de l’équité dans l’accès aux ressources.
Une expérience internationale au service des enjeux globaux
Au-delà du continent africain, Pauline a enrichi son parcours par une expérience au sein de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique à Vienne. Elle y contribue à l’organisation de formations internationales et à l’appui technique de programmes liés à la sécurité, aux cadres réglementaires et à la gestion des menaces internes.
Cette immersion internationale renforce sa compréhension des enjeux globaux et nourrit une approche locale informée par des standards internationaux.
Former, transmettre, sensibiliser
Pauline Ngongang Youndjia s’implique également dans la formation et la transmission des compétences. Qu’il s’agisse de leadership social, de prise de parole en public ou de sensibilisation aux droits humains, elle place l’éducation au cœur de son action. Elle croit fermement que la prévention des conflits passe par la connaissance, la conscience citoyenne et l’expression des voix marginalisées.
Une femme au croisement des luttes contemporaines
À travers son parcours, Pauline incarne une génération de femmes africaines engagées sur plusieurs fronts à la fois : paix, genre, jeunesse, environnement et gouvernance. Elle travaille souvent loin des projecteurs, mais son impact se mesure dans les communautés qu’elle accompagne et dans les trajectoires qu’elle contribue à transformer.
Ce que son parcours révèle
Pauline Ngongang Youndjia rappelle que la paix n’est pas seulement l’absence de violence, mais un travail patient de réparation, d’écoute et de structuration sociale. Elle montre que le leadership féminin africain s’exprime aussi dans les espaces les plus exigeants, là où il faut à la fois comprendre, agir et tenir dans la durée.
Christian Bardot
