Lors des échanges consacrés au leadership féminin dans les secteurs techniques, une directrice principale de projet burkinabè a soulevé une question structurante et encore trop peu débattue : la durée des congés de maternité en Afrique et son impact direct sur la carrière des femmes, notamment dans les métiers de terrain.
Ingénieure en génie rural et responsable de projets internationaux au sein d’une entreprise privée basée au Canada, elle intervient sur des programmes de développement, notamment dans le domaine de l’assainissement au Sahel. Habituée aux déplacements et aux missions sur le terrain, elle connaît les exigences professionnelles qui pèsent sur les femmes dans ces secteurs.
Un défi structurel pour les femmes professionnelles
Dans les métiers liés à l’eau, à l’assainissement, à l’environnement ou aux infrastructures rurales, la présence sur le terrain est incontournable. Les ingénieures, cheffes de projet et expertes doivent se déplacer régulièrement, parfois dans des zones reculées, pour superviser des travaux, rencontrer des partenaires ou coordonner des équipes.
Or, la maternité vient souvent fragiliser cette dynamique. Dans de nombreux pays africains, la durée légale du congé de maternité est limitée à trois mois. Une période jugée insuffisante pour permettre à une mère de s’occuper de son enfant dans des conditions sereines avant de reprendre un travail exigeant.
Pour l’intervenante, il s’agit d’un obstacle structurel qui freine l’épanouissement professionnel des femmes. La question ne relève pas d’un manque de compétence ou de compétitivité, mais d’un cadre législatif inadapté aux réalités des femmes actives.
Plaidoyer pour une réforme des codes du travail
Face à ce constat, elle propose une piste claire : engager un plaidoyer en faveur d’une réforme des codes du travail en Afrique. L’objectif serait de prolonger les congés de maternité, éventuellement jusqu’à un an, comme cela se pratique dans certains pays.
Une telle réforme permettrait aux femmes de consolider leur rôle parental sans compromettre leur trajectoire professionnelle. Elle offrirait un environnement plus favorable à leur maintien dans les postes techniques et décisionnels.
Selon elle, le cadre législatif et environnemental doit évoluer pour accompagner l’ambition des femmes. Les politiques publiques doivent créer les conditions permettant aux professionnelles de terrain de s’affirmer pleinement, sans avoir à choisir entre carrière et maternité.
Le rôle clé des réseaux et du soutien masculin
La mise en œuvre de cette réforme ne peut reposer uniquement sur les femmes. Elle appelle à une mobilisation collective, impliquant les réseaux professionnels féminins, les institutions et les gouvernements.
Elle insiste également sur un point souvent sous-estimé : le soutien des hommes, à la fois dans les sphères professionnelles et dans la sphère privée. L’équilibre entre responsabilités familiales et engagements professionnels ne peut être atteint sans un partage plus équitable des charges domestiques.
Dans les métiers où les déplacements sont fréquents, l’appui du conjoint ou de la famille devient déterminant. Sans ce soutien, de nombreuses femmes renoncent à des opportunités de carrière ou limitent leurs ambitions.
Concilier leadership féminin et responsabilités familiales
L’intervention rappelle que le leadership féminin ne peut se développer durablement sans un environnement institutionnel favorable. Encourager les femmes à occuper des postes stratégiques dans les secteurs techniques implique d’adapter les cadres juridiques et sociaux à leurs réalités.
Prolonger les congés de maternité ne constitue pas un privilège, mais une mesure d’équité permettant de sécuriser les trajectoires professionnelles des femmes et de renforcer leur présence dans les métiers de terrain.
À travers ce plaidoyer, la directrice burkinabè pose une question fondamentale : comment construire un leadership féminin solide dans les secteurs stratégiques si les fondations sociales et légales ne soutiennent pas les femmes dans les moments clés de leur vie ?
La réponse, selon elle, passe par une réforme ambitieuse, une mobilisation collective et une reconnaissance claire du fait que l’épanouissement professionnel des femmes est un enjeu de développement pour l’ensemble du continent.
Christian Bardot


