La blouse blanche rassure. Elle donne l’illusion d’un système solide. Pourtant, derrière les portes des salles de soins au Cameroun, la réalité est plus dure. Là où les familles arrivent avec la peur dans les yeux, les infirmières tiennent la ligne. Elles accueillent, trient, apaisent, soignent. Souvent à bout de forces, mais toujours debout.
Une fatigue qui commence avant l’hôpital
Pour une infirmière, la fatigue ne débute pas avec la garde. Elle précède. Trajets difficiles, nuits trop courtes, responsabilités familiales, puis une journée qui commence sans transition. Dès l’arrivée, il faut être opérationnelle. Aucun temps pour souffler. Le moindre relâchement peut coûter cher.
Une course permanente
Contrairement à l’image posée qu’on leur attribue, les infirmières courent. Urgences, perfusions, surveillance, familles à rassurer. Tout arrive en même temps. Il faut prioriser vite, parfois trop vite, avec la peur de ne pas faire assez bien.
Soigner sans les moyens nécessaires
Le manque de matériel est une épreuve quotidienne. Gants, médicaments, équipements essentiels peuvent faire défaut. Il faut improviser, chercher des solutions, faire avec. Le plus dur n’est pas physique, mais moral : savoir ce qu’il faudrait faire et ne pas pouvoir le faire correctement.
Absorber la souffrance des autres
Les infirmières voient ce que beaucoup ne verront jamais. La douleur brute. Les cris, les urgences, les familles désespérées. Elles restent concentrées, efficaces, même quand certaines scènes les marquent longtemps. Il n’y a pas de pause émotionnelle. La salle suivante attend.
Entre pression et manque de respect
Dans l’angoisse, certaines familles cherchent un responsable. Et l’infirmière devient parfois la cible. Paroles dures, accusations, agressivité. Il faut encaisser, rester professionnelle, continuer à soigner malgré l’épuisement.
“On me croit froide, je suis juste épuisée”
Quand une infirmière va vite ou parle peu, on la juge distante. Pourtant, l’épuisement transforme le comportement. Ce n’est pas un manque d’humanité, mais une manière de tenir. Ressentir tout, tout le temps, ferait s’effondrer n’importe qui.
Une reconnaissance qui ne suit pas
Le métier est applaudi, mais rarement reconnu à sa juste valeur. Salaires faibles, primes irrégulières, conditions inchangées. À la fatigue physique s’ajoute une fatigue morale : celle de donner beaucoup sans retour équitable.
Femmes et double charge
Majoritairement féminines, les infirmières cumulent travail, maison, famille et pression sociale. Gardes de nuit, retours tardifs, charge émotionnelle. Certaines subissent aussi des remarques déplacées ou sexistes. Soigner devient alors un combat sur plusieurs fronts.
Ce qui fait tenir
Malgré tout, elles restent. Pour un patient qui va mieux. Un merci sincère. Une vie sauvée. Ces moments rappellent pourquoi elles ont choisi ce métier. Ils donnent du sens à la fatigue.
Ce qui doit changer
Il faut plus de personnel, du matériel disponible, une meilleure sécurité, une rémunération digne et une culture du respect. On ne peut pas bâtir un système de santé sur l’endurance infinie des femmes.
Christian Bardot
