Au Cameroun, les tourne-dos sont bien plus que de simples points de restauration. Dans les ruelles de Douala, Yaoundé ou d’autres villes en constante mutation, ces espaces de cuisine en plein air incarnent une manière de vivre, de se nourrir et de se rencontrer.
Christelle en est l’un des visages. Comme des milliers de femmes camerounaises, elle transforme chaque jour un coin de rue en restaurant à ciel ouvert, faisant de l’ordinaire un lieu de chaleur humaine et de survie économique.
Le tourne-dos, miroir de la vie urbaine camerounaise
Le nom « tourne-dos » vient du fait que les clients mangent souvent assis le dos tourné à la route. Mais ce détail en apparence anodin raconte beaucoup plus.
Ces espaces ouverts sont de véritables carrefours de diversité sociale. On y croise des ouvriers, des étudiants, des employés de bureau, des voyageurs, des habitués. On y mange, on y parle, on y échange. Le tourne-dos est profondément ancré dans les habitudes alimentaires camerounaises et reflète l’évolution des villes, toujours en mouvement.
D’hier à aujourd’hui, une activité en pleine transformation
À l’origine, les tourne-dos étaient surtout associés à de petites échoppes à bas coût, souvent tenues par des restaurateurs d’origine sahélienne, proposant des plats simples et populaires, comme le fameux riz aux œufs.
Au fil des années, le concept s’est transformé. Aujourd’hui, l’offre s’est diversifiée. Les menus s’adaptent aux goûts des consommateurs, aux saisons, aux moyens disponibles. Le tourne-dos n’est plus seulement une question de prix, mais aussi de goût, d’habitude et d’attachement culturel.
Pour beaucoup de Camerounais, c’est une histoire d’enfance, un repère familier. « On a grandi avec ça », disent-ils. Même en vacances au pays, certains recherchent ces lieux où il n’y a pas de protocole, où l’on rencontre de nouvelles personnes et où l’on échange naturellement avec les vendeuses. Avec 500 francs, on peut encore manger correctement, rire, plaisanter, se sentir chez soi.
Christelle, nourrir sans compter les heures
Christelle incarne cette nouvelle génération de femmes du tourne-dos. Installée depuis plusieurs années, elle nourrit chaque après-midi des clients venus de tous horizons.
Les difficultés sont bien réelles. La chaleur, la fatigue, l’absence d’infrastructures solides, l’insécurité parfois. Pourtant, elle tient. Grâce à cette activité, elle parvient à subvenir aux besoins de sa famille. Elle scolarise ses enfants, du primaire jusqu’à l’université.
« Je fais ce que je peux, à mon niveau », dit-elle avec humilité. Pour elle, le tourne-dos n’est pas seulement un commerce. C’est une responsabilité.
À l’heure du déjeuner, la vie s’accélère
Il est 12h25 à Yaoundé. L’heure de la pause. Aline, jeune employée dans une entreprise de la place, quitte son bureau. Comme chaque jour, elle se dirige vers son tourne-dos habituel, à quelques mètres seulement de son lieu de travail.
C’est un rituel. Un moment attendu au milieu d’une journée chargée. L’endroit est simple, mais accessible, proche, vivant. Comme Aline, de nombreuses Camerounaises se retrouvent dans ces espaces populaires où la vie bat son plein. Ici, on mange vite, mais on mange ensemble. Le tourne-dos devient un point d’ancrage dans la journée, un instant de répit avant de repartir affronter la ville.
Des lieux de vie avant d’être des restaurants
Les tourne-dos sont plus que des restaurants de rue. Ce sont de véritables espaces de vie. On y partage des repas, des histoires, des rires. Les petites blagues échangées avec les vendeuses font partie de l’expérience.
Ces femmes, souvent appelées affectueusement « maman » par les clients, tiennent un rôle central dans le quotidien urbain. Elles apportent stabilité, chaleur et continuité dans des villes en perpétuelle transformation.
Entre difficultés et dignité
Malgré les obstacles, l’activité génère un revenu qui permet de tenir. Ce n’est pas toujours suffisant, mais c’est vital. Les femmes des tourne-dos avancent sans filet de sécurité, sans reconnaissance officielle, mais avec une résilience remarquable.
Elles incarnent une forme d’entrepreneuriat informel, mais essentiel, qui soutient l’économie locale et nourrit des milliers de personnes chaque jour.
Un symbole culturel à préserver
Les tourne-dos, avec leurs marmites fumantes et leurs menus simples, sont devenus un véritable symbole culturel. Un symbole de débrouillardise, de solidarité et de proximité.
Dans ces lieux, les habitants trouvent plus qu’un repas. Ils y trouvent une forme de satisfaction, un goût familier, un lien avec leur ville et leur culture.
