L’intrapreneuriat n’est pas un mot de conférence. C’est une manière de travailler comme une propriétaire, sans être officiellement propriétaire. Dans beaucoup d’entreprises en Afrique francophone, les femmes cadres et managers qui progressent le plus vite ne sont pas seulement “bonnes” dans leur poste. Elles pensent en valeur, en risques, en opportunités. Elles traitent l’entreprise comme si elles en détenaient une part. Et ce réflexe change tout.
L’intrapreneuriat, ou l’art de créer de la croissance depuis l’intérieur
Considérer l’entreprise de son patron comme la sienne ne signifie pas se sacrifier ni tout accepter. Cela signifie adopter une logique de création de valeur. Un intrapreneur ne se contente pas d’exécuter une fiche de poste ; il cherche un problème rentable à résoudre, une inefficacité à éliminer, un revenu à activer, une expérience client à améliorer. Dans les organisations qui grandissent, ce profil devient rare, donc précieux.
Dans les marchés africains où l’incertitude est fréquente, cette posture prend encore plus de valeur. Elle réduit la dépendance aux routines, accélère l’adaptation, et renforce l’avantage concurrentiel.
Une posture qui accélère les carrières, surtout pour les femmes
Pour beaucoup de femmes, la progression professionnelle se heurte à une réalité : être compétente ne suffit pas toujours. La visibilité, la perception de leadership, la capacité à “porter” un sujet stratégique comptent autant que la qualité d’exécution. L’intrapreneuriat offre une voie directe : devenir la personne qui apporte des solutions, qui sécurise des résultats, qui ouvre des opportunités, qui transforme un problème en projet.
Cette posture repositionne. On ne vous voit plus seulement comme une exécutante fiable. On vous voit comme une architecte de croissance. Et dans une entreprise, les architectes de croissance finissent par avoir plus de pouvoir de négociation.
Penser propriétaire, sans tomber dans le piège du surinvestissement
Traiter l’entreprise comme la sienne ne veut pas dire travailler jusqu’à l’épuisement. Le bon intrapreneuriat est stratégique, pas émotionnel. Il consiste à investir son énergie là où elle crée un retour. Il implique aussi de poser des limites claires, parce qu’une propriétaire protège ses ressources, elle ne les brûle pas.
La différence est simple : la loyauté aveugle coûte cher. La loyauté intelligente construit de la valeur, et la valorise ensuite.
Les réflexes intrapreneuriaux qui changent une trajectoire
Une intrapreneure apprend d’abord à lire les chiffres, même quand elle n’est pas dans la finance. Comprendre ce qui fait le chiffre d’affaires, ce qui consomme la marge, ce qui ralentit le cash, ce qui coûte du temps. Cette lecture transforme les idées en propositions crédibles.
Une intrapreneure sait ensuite transformer une frustration en projet. Là où d’autres se plaignent d’un processus lent, elle propose une simplification. Là où d’autres regrettent la perte de clients, elle construit un plan de rétention. Elle ne critique pas, elle structure.
Une intrapreneure, enfin, documente ses résultats. Parce qu’une entreprise oublie vite. La preuve, elle, reste. Gains de temps, économies, augmentation de ventes, baisse d’erreurs, amélioration de satisfaction. La preuve devient votre levier de promotion.
Afrique francophone : un terrain où l’intrapreneuriat a un impact immédiat
Dans beaucoup d’organisations, les inefficacités sont visibles : process manuels, doublons, dépendance à une personne, ventes non suivies, service client non structuré, stock mal piloté, relance irrégulière. Cela crée un terrain d’action idéal pour l’intrapreneuriat. Un simple projet bien cadré peut produire un impact rapide.
L’intrapreneuriat au féminin devient alors un outil de montée en puissance : il permet d’imposer son leadership par l’utilité, pas par la posture. Et dans des environnements parfois masculins, l’utilité est une forme de pouvoir difficile à contester.
Le contrat implicite : créer de la valeur, puis négocier sa valeur
La logique intrapreneuriale suit une règle : on ne demande pas d’abord la reconnaissance, on construit d’abord la valeur. Mais il existe une seconde règle, tout aussi importante : on ne laisse pas cette valeur devenir invisible. Une intrapreneure sait “packager” ce qu’elle a fait. Elle sait le raconter, le mesurer, le présenter, le relier aux objectifs de l’entreprise.
Ensuite seulement vient la négociation : promotion, périmètre, budget, équipe, variable, autonomie. Traiter l’entreprise comme la vôtre, c’est aussi traiter votre carrière comme un actif.
Les risques : politique interne, jalousies, appropriation des idées
L’intrapreneuriat n’est pas un monde idéal. Dans certaines entreprises, les projets attirent les rivalités. Une bonne idée peut être récupérée. Une réussite peut créer des résistances. La solution n’est pas de se taire. La solution est de cadrer : sponsors, validation, traces écrites, jalons, reporting. Une intrapreneure joue aussi le jeu de la gouvernance, pour protéger son travail.
L’objectif n’est pas d’être la “meilleure personne”. L’objectif est de devenir indispensable, sans devenir fragile.
Penser comme propriétaire, agir comme stratège, grandir comme leader
L’intrapreneuriat au féminin n’est pas une injonction à donner plus. C’est une méthode pour gagner plus, autrement. En traitant l’entreprise de votre patron comme la vôtre, vous développez un regard de propriétaire : vous voyez les risques, les opportunités, les inefficacités, les leviers. Vous devenez une créatrice de valeur.
Et dans une entreprise, celles qui créent de la valeur finissent toujours par négocier de meilleures conditions, ou par partir créer la leur avec un avantage décisif.
Christian Bardot
