Au Sahel, les mots “résilience” et “égalité” ne relèvent pas du vocabulaire institutionnel. Ils décrivent une urgence quotidienne, entre pression climatique, fragilités sociales et recompositions économiques. Halimatou Zika Sombeize fait partie de ces leaders qui travaillent là où tout se joue, au niveau des communautés, des systèmes locaux et des alliances. Ingénieure de formation, stratège du genre et de l’inclusion, elle avance avec une méthode : structurer, professionnaliser, fédérer, puis rendre l’impact durable.
Elles du Sahel, donner une voix collective aux femmes de la région
Depuis octobre 2025, elle est co-présidente d’Elles du Sahel. Le symbole compte, mais l’enjeu est surtout opérationnel : créer une dynamique collective capable de renforcer la visibilité, l’influence et la place des femmes dans les espaces de décision et d’action. Dans un Sahel trop souvent réduit à ses crises, cette démarche revendique autre chose : une force de proposition et une capacité d’organisation portée par des femmes qui connaissent le terrain.
CNJFL, conduire une transformation organisationnelle au Niger
En février 2025, Halimatou Zika Sombeize devient Présidente exécutive de la Cellule Nigérienne des Jeunes Filles Leaders. Son mandat s’ouvre sur une phase de transformation, avec un chantier qui révèle une maturité rare : amélioration de la gouvernance, professionnalisation de la gestion interne et financière, relance des partenariats et repositionnement stratégique. Derrière ces mots, on lit une ambition claire : faire de la CNJFL une institution plus robuste, plus lisible, et capable d’amplifier durablement son impact auprès des filles et des femmes au Niger.
CRS, intégrer le genre au cœur d’un programme de résilience financé par l’USAID
Entre 2024 et 2025, elle occupe le poste de Senior Gender Advisor chez Catholic Relief Services, sur un programme de résilience financé par l’USAID. L’approche est intégrée, car les vulnérabilités le sont aussi : sécurité alimentaire, nutrition, climat, gouvernance, santé, eau et assainissement. Dans cet ensemble, sa mission consiste à assurer une intégration stratégique du genre et de l’inclusion des personnes vivant avec un handicap, tout en renforçant les capacités des équipes sur les approches transformatrices et la lutte contre les violences basées sur le genre.
Là où son expertise se distingue, c’est dans la capacité à faire tenir ensemble les dimensions sociales et les mécanismes concrets. Elle supervise notamment un programme d’alphabétisation et une approche de “Maison Familiale Harmonieuse”, conçue pour favoriser le dialogue au sein des ménages, encourager la décision conjointe et réduire les violences domestiques. Dans des environnements où les normes sociales pèsent autant que les contraintes économiques, cette action relève d’un leadership patient, mais profondément structurant.
Mercy Corps, créer des ponts entre partenaires et institutions
De 2021 à 2024, elle est Coordinatrice Liaison Partenaires-Gouvernement chez Mercy Corps à Niamey. Sa fonction s’inscrit dans une logique essentielle : faire collaborer des acteurs qui travaillent souvent en silos. Elle facilite la coordination entre partenaires de mise en œuvre de programmes et institutions locales, anime des cadres d’apprentissage collaboratif, et participe à l’identification et la validation de bonnes pratiques de résilience.
Dans ce rôle, elle gère des dynamiques sensibles, où la confiance se construit à coups de méthode, de réunions, de compromis et d’alignement stratégique. Elle pilote également des groupes de travail sur l’égalité de genre, l’inclusion sociale et la jeunesse, tout en étant point focal sur la gouvernance, la paix et la cohésion sociale. Ce sont des responsabilités qui demandent une intelligence relationnelle élevée, car la résilience est autant un enjeu de climat qu’un enjeu de coopération.
Une fidélité au terrain, depuis la CNJFL jusqu’aux projets climatiques
Son engagement auprès de la CNJFL ne date pas d’hier. Entre 2015 et 2020, elle y occupe des fonctions de coordination nationale, consolidant une connaissance intime des réalités des jeunes filles et des mécanismes d’autonomisation. Son passage sur des projets communautaires liés à la résilience climatique, avec des travaux sur la vulnérabilité des agriculteurs face à la variabilité climatique, confirme un profil profondément ancré dans les problématiques du Sahel, loin des solutions importées.
Une formation qui relie ingénierie, climat et leadership
Ingénieure formée en mines et environnement, elle complète sa trajectoire par un master professionnel en changement climatique et développement durable, puis par des programmes internationaux de leadership, notamment à l’University of California, Berkeley, et au Moremi Initiative Institute. Ce mix est révélateur : une base technique solide, puis des outils de leadership et d’influence pour transformer la connaissance en action.
Une nouvelle génération de leaders sahéliennes
Halimatou Zika Sombeize incarne une génération qui ne choisit pas entre expertise et engagement. Elle maîtrise les frameworks, mais parle le langage des communautés. Elle comprend les bailleurs, mais s’adresse aux leaders traditionnels et religieux. Elle travaille la gouvernance interne, mais ne perd jamais de vue la finalité : protéger, renforcer, autonomiser. Dans le Sahel, ce type de leadership est une infrastructure invisible, aussi précieuse qu’un pont ou qu’un forage.
Christian Bardot
